Je parle souvent de couture à la main, de mise en presse, de parure du cuir… mais qu’est-ce que cela signifie au juste? Quand je dis que je confectionne un carnet de A à Z, qu’en est-il concrètement?
Ici je vous explique toutes les principales étapes nécessaires à la réalisation d’une reliure emboîtée ! Vous allez donc savoir comment est fabriqué votre carnet 🙂
Étapes principales du bloc livre
Découpe des cahiers
En tout premier lieu, il s’agit de réaliser les cahiers pour le corps d’ouvrage.
Je pars de grandes feuilles de papier (A3,A2… il faut choisir selon les besoins) que je vais découper au format désiré.
Les feuilles seront ensuite pliées en leur centre pour former plusieurs bi-feuillets qui seront assemblés en cahiers.
Tout doit être minutieusement calculé en amont pour obtenir des cahiers au format voulu 🙂
Compassage et grecquage
Une fois les cahiers bien alignés il faut marquer des petits repères sur son dos pour définir les emplacements du grecquage.
On appelle cette étape le compassage.
Après avoir installé le bloc de cahiers dans un étau, je marque l’emplacement des chaînettes (les petits noeuds qui seront faits à la fin de la couture de chaque cahier). Pour trouver l’emplacement des futurs nerfs, j’utilise un compas à vis. Quand je dis « futurs nerfs », je parle des ficelles de chanvre sur lesquelles la couture sera réalisée. Les nerfs sont placés à des points équidistants au sein de l’espace entre-chaînettes, vous me suivez ? 😉
Le grecquage consiste à faire des saignées sur le dos du livre à l’aide d’une scie.
Ce sera dans ces petits saignées que les ficelles de chanvres seront installées pour la couture. Les saignées doivent être environ de la même profondeur que la section de la ficelle, donc il faut veiller à toujours vérifier la bonne profondeur du grecquage.
Généralement, pour confectionner les carnets j’utilise une petite scie japonaise. Elle est très précise et je la trouve parfaite pour cet usage!
Couture
Avant la couture, il faut monter le cousoir. J’utilise un cousoir traditionnel en bois, que j’avais trouvé d’occasion dans un vide-grenier. Il a du en voir, des livres 🙂
Ici, les carnets sont réalisés sur ficelles de chanvre, et non sur rubans. J’installe donc les ficelles sur des chevillettes en laiton pour bien les maintenir. Ensuite, quand je juge que tout est bien placé, je tends l’ensemble assez fort (pas trop non plus sinon c’est la rupture assurée!).
Pour préparer le fil de lin, je passe une colle aqueuse dessus pour le renforcer et ne pas qu’il ne se décâble en plein travail.
Ensuite, je réalise une couture tout du long, c’est à dire que je vais passer autour de chaque ficelle de chanvre avec mon fil de lin. La couture se fait cahier par cahier, en prenant soin de bien aligner le bloc à chaque fois.
La patience est de mise 😉
Endossure
L’objectif de cette étape est de créer du « mors »: cette petite surépaisseur le long du dos qui permet de recevoir la couverture du livre et qu’elle s’emboîte parfaitement. Plus concrètement, le dos du bloc placé dans un étau, sera façonné à l’aide d’un marteau aux angles émoussés, afin de lui donner une forme voulue. On peut fabriquer un dos rond, légèrement arrondi ou bien plat si on préfère.
Les pages de garde peuvent être ajoutées avant cette étape ou non, ça c’est une question de choix de technique.
Enfin, l’arrondissure de gouttière se fait également avant. Mais dans ce billet, je choisis de ne parler que des étapes principales, sinon ce serait infini… 🙂
Renforcement du dos
Maintenant que l’on a un dos façonné, il faut le rigidifier pour qu’il garde sa forme. Après un passage en colle, j’applique de la mousseline triplée sur le dos, en deux couches successives. C’est également à ce moment-là que j’insère un signet si telle est la demande, et que j’ajoute les tranchefiles. Pour les carnets, j’ai décidé d’utiliser des tranchefiles mécaniques pour un gain de temps évident. Mais pour les demandes spéciales, je réalise moi-même la broderie des tranchefiles 🙂 Je trouve que c’est vraiment plus joli, d’autant plus qu’il est de plus en plus difficile de trouver de bonnes tranchefiles mécaniques, mais c’est aussi beaucoup de travail supplémentaire!
Etapes principales de la couverture
Création de l’ossature
La couverture des carnets est réalisée à partir de deux rectangles de carton, qui sont reliés entre eux par une bande papier, appelée bande de montage. A ce stade il faut prendre les mesures précises du bloc pour fabriquer une couverture sur-mesure afin qu’elle s’emboîte parfaitement.
Une bande de carton souple est collée en renfort sur le papier, afin de protéger le dos des sollicitations futures, c’est la fameuse carte à dos. Je vous passe volontairement toutes les petites étapes techniques pour vous épargner un pavé difficilement comestible 😉
Recouvrement
On s’attaque en premier lieu à recouvrir le dos.
C’est là que l’on doit choisir si l’ouvrage final comportera des nerfs ou non. Dans le cas de nerfs, je découpe des lanières de cuir à la dimension du dos et je les place sur la carte à dos, au niveau des ficelles.
Le cas particulier du cuir:
Pour les dos en cuir, il faut tout d’abord parer le morceau de peau choisi pour le recouvrement. C’est à dire qu’on doit enlever de l’épaisseur au cuir, pour pouvoir le travailler plus aisément et qu’il ne fasse pas un gros boudin difforme une fois collé…! L’épaisseur du cuir ne doit pas faire plus de 0,1 mm par endroits, oui c’est bien peu! Pour ce faire, j’utilise un couteau à parer très bien affuté, et je travaille sur un bloc de granite.
Cette étape est très délicate car un seul petit faux mouvement peut percer le cuir et ruiner tous nos efforts précédents.
Une fois le cuir collé sur le dos, il faut façonner les nerfs pour les faire ressortir uniformément et que la colle adhère bien le long des lanières de cuir posées précédemment.
Ce façonnage se fait à la pince, en pressant régulièrement le long du nerf et en formant un arc de cercle qui suit l’arrondi du dos. Cette opération est très minutieuse car une maladresse de geste peut marquer définitivement le cuir de manière disgracieuse.
Pour finir, le reste du recouvrement est collé sur les plats. Toile, cuir, papier, tout dépend ce que l’on souhaite.
Nous obtenons en résultat une couverture de carnet orpheline de son bloc. Elle est donc toute plate!
Comblage
Le recouvrement crée une surépaisseur à l’intérieur de la couverture, et c’est pas très très joli… Cela se verra à travers la page de garde et ce n’est pas vraiment gage de qualité. Donc, pour pallier à cela, je place un revêtement de comblage qui permettra d’obtenir une surface complètement lisse. En toute logique, il faut donc choisir une épaisseur de comblage équivalente à l’épaisseur du matériau de recouvrement.
Pose du soufflet
Afin de garantir une bonne ouverture du carnet, sans que cela ne force trop sur le dos et entraîne son usure prématurée, je construis un petit « soufflet » en papier, qui poussera sur la couverture à chaque ouverture.
Emboîtage
Ça y est, on arrive à la fin de la confection du carnet! On a donc d’un côté un corps d’ouvrage et de l’autre une couverture… Vous vous en doutez donc, on va assembler les deux en les emboîtant parfaitement.
Après vérification des bons alignements, on scelle le tout en collant les pages de garde aux couvertures. Et voilà !
Mise en presse finale
Après toutes ces étapes minutieuses, notre carnet est enfin prêt 🙂
Il devra alors supporter une mise en presse finale pendant toute une nuit avant de pouvoir être complètement prêt à l’emploi.
Il s’agit d’une mise en presse très forte de plus d’une tonne… Le carnet doit donc être vraiment solide pour tolérer cette dernière étape!
Vous avez à présent une vision globale de la réalisation de chaque carnet que je fabrique.
Vous vous attendiez à ça? Si vous avez des questions ou bien que vous souhaitez des informations supplémentaires, dites-le moi 🙂

Enfin, l’arrondissure de gouttière de fait également avant.
Ce ne serait pas plutôt:
Enfin, l’arrondissure de gouttière se fait également avant.
Il y aura toujours un enquiquineur pour trouver quelque chose à redire (que la zone de réponse n’est pas mise en évidence par exemple) !
Bisous
Patrice
Bonjour Patrice,
Merci pour ta remarque, tu as tout à fait raison, j’ai fait une faute de frappe! Erreur rectifiée.